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dimanche 15 février 2009

Referendum du 15 février 2009

Un bureau de vote à Palo Verde, Caracas
Jesus a voté ! - Les électeurs ont l'auriculaire trempé dans l'encre indélébile pour ne pas pouvoir voter 2 fois le même jour.
23 de enero, Caracas
J'ai accompagné 2 journalistes anglais durant la journée électorale. D'abord dans le légendaire quartier populaire du 23 de enero, symbole de nombreuses luttes contre les gouvernements successifs depuis plus de 50 ans. Tous ceux qui ont un jour pris l'autoroute de l'aéroport le connaissent, ce sont, au dessus du tunnel qui marque l'entrée dans Caracas, les énormes tours posées en longueur au milieu de l'habituel tapis de bidonville. Depuis le flanc de leur colline, elles font face, à 500m, au palais présidentiel, Miraflores.
Aujourd'hui, les partisans de Chávez y sont largement majoritaires, bien qu'il y ait une forte indépendance vis-à-vis du gouvernement à travers d'une certaine forme d'auto-organisation et des Tupamaro, sorte de "milice moins le quart" bidon mais qu'il ne veux mieux pas irriter.

Lors des évènements entourant le coup d'état de 2002, de nombreuses armes de guerre y ont disparu, dont plusieurs milliers de FN FAL, des camions de grenades et divers autres pétards du genre. Pires que des retraités texans, personne ne se cache d'en avoir chez lui et dit clairement, avec le sourire, que si quelqu'un essaie de lui enlever son flingue ou ses libertés, il y passera.
Cela dit, l'ambiance était bien festive, la bière coulait à flot malgré la ley seca (loi seche) qui interdit la vente d'alcool pendant 3 jours lors des élections. C'était un peu dur de rester concentré avec tout ce qu'on nous faisait boire.
Les électeurs cherchent leur nom sur les listes pour savoir quelle est leur table.
23 de enero, Caracas
Notez le léger problème de neutralité concernant l'emplacement des listes...
23 de enero, Caracas
Pour ceux qui ne seraient pas déjà au courant, il s'agissait d'un référendum visant à enlever de la constitution la limitation du nombre de mandats électoraux, présidentiels ou autres. Le a confortablement gagné, permettant à Chávez de se représenter en 2012.

Bien qu'ayant discuté au "23" avec des partisans des deux camps, modérés pour la plupart, on a terminé la journée dans la zone la plus chic et anti-chávez du Venezuela, histoire de balancer les points de vue. Conscience professionnelle.
Devant le bureau de vote du colegio san ignacio, c'était impossible de trouver quelqu'un avec un discours à peu près cohérent. Il n'y avait que des esqualidos complètement paranoïaques et étonnamment ignorants. Après avoir pédagogiquement tenté de nous expliquer que la presse étrangère est totalement manipulée, ils embrayent sur le discours classique et creux : "Ici c'est cuba" clamait l'ingénieur adossé à son énorme 4x4 tout neuf.
Généralement je me lasse rapidement de ça, mais ce jour-là je tenais un beau spécimen, parfois au bord du fou rire, j'ai commencé à noter les plus grosses qu'il sortait. "On est obligés d'envoyer les étudiants à l'étranger parce que le gouvernement les pourchasse et les emprisonne." Ben merde alors, il faut vite que je prévienne mes potes étudiants ! C'est pire qu'en Birmanie ai-je failli dire, mais il n'avait probablement aucune idée d'où ça se trouve, encore moins le Myanmar.
Sur ce, il enchaine: "Tout ce que vous voyez là, ce n'est qu'une mascarade. Ce pays est une dictature, ce n'est une démocratie que le jour des élections !" Magnifique non ? Vous savez à présent que toutes les démocraties sont des dictatures, à défaut d'organiser des élections tous les jours. Je précise qu'il disait ça totalement au premier degré, il ne faisait pas allusion au grave problème de séparation des pouvoirs, ni à une possible fraude électorale, sinon uniquement à l'absence totale de pouvoir du peuple sous un régime dictatorial.

Bref, l'opposition a encore perdu, comme depuis 10 ans. Peut-être que le jour où leur discours sera un peu plus construit que le répétitif "No a Chávez / No a Cuba / Fraude / Les gens meurent de faim" ils arriveront à convaincre quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes. Je leur souhaite de le comprendre rapidement. Chávez fait tellement de conneries, ça devrait pas être si dur de faire mieux. (Au passage, s'ils pouvaient aussi laisser tomber le racisme anti-colombien...)

N'allez pas croire que c'est que dans la rue que ça manque d'arguments. Je me souviens d'un discours de la maire de El Hatillo, une riche municipalité de Caracas, contre la réélection illimitée. "Je ne ferais jamais plus de deux mandats à mon poste de maire ! Pourquoi ? Parce que vous êtes là !" Argumentation imparable, non? (Encore une fois, l'absurdité de la phrase peut vous faire penser qu'elle est sortie de son contexte, mais non, il n'y avait pas plus d'explications, je vous promets.)